BLACK SOUND

Cléa Coudsi & Éric Herbin

[Création dans le cadre du projet COAL, avec le soutien de du programme culture 2007 - 2013 de l’union européenne. Avec le soutien d’Art Connexion Lille]

Black sound est une installation sonore. Elle utilise des morceaux de charbon que les artistes ont récupérés au cours de voyages en Allemagne, en France et en Pologne. Pour cette installation chaque morceau de charbon repose sur un moteur qui tourne à une vitesse de trente trois tours par minute. La pierre en rotation fait vibrer une aiguille métallique. Le contact entre l’aiguille et la gaillette produit du son. Des frottements, des effleurements, des coups, des chocs, sont amplifiés et diffusés par des hauts parleurs. Parfois les fragments de charbon tournent dans un sens, parfois dans l’autre. Il arrive qu’une ou plusieurs gaillettes s’immobilisent. Des rythmes se combinent, se superposent. Ainsi assemblés ces objets reprennent le principe des platines vinyles. Mais ici des morceaux de charbon ont remplacé les disques.

Qu’est-ce qui est lu ? Les marques inscrites dans et sur les roches. Celles sculptées par des millénaires de compression, de réduction, de durcissement. Mais aussi celles créés par les gestes des mineurs, par l’action des machines, gestes d’extraction, coups de pioches, de marteaux piqueurs... ce sont les bruits du fond qu’émettent les hauts parleurs. Les événements dont le matériau conserve l’empreinte - ou plutôt les empreintes sédimentées. La forme de chaque gaillette, ses cavités, sa matière plus ou moins rugueuse ou lisse détermine le son produit. Pendant l’exposition, les aiguilles creusent la pierre, la transforment doucement en poussière, traversent dans son épaisseur les strates du temps. Elles rayent, « gravent » les gaillettes.

Qu’est-ce qui est gravé ? Des nouveaux sons, des nouveaux rythmes. Le présent s’inscrit sur la pierre. Doucement l’aiguille dessine des sillons. Certains scientifiques se sont amusés à « écouter » les sillons gravés sur de vieux vases par la main du potier, ils tentaient d’entendre des scènes de vie datant de l’époque de Jésus ou des rois Ming. Ils ont découvert qu’un tour de potier est déjà un studio d’enregistrement rudimentaire. Ainsi dans l’installation se mêlent passé et présent. Ce qui est lu et ce qui est gravé s’interpénètrent créant des sons en constante évolution.