Brises de Enrique Ramirez

2008 | 35:13

La brise du vent qui croise mon visage, qui croise le tien, qui croise cet endroit, la balle dans la tête, le sang sur le plafond… Comment regarder à nouveau l’histoire ? Comment revenir en arrière ? Guérir prend du temps, guérir a un temps, les bâtiments, les avions, la couleur grise, la nuit, la coupe de lumière, les feuilles qui tombent du ciel, les visages que jamais je n’ai revus, l’histoire, la mémoire, l’eau qui nettoie tout, la nourriture de ma mère, le vent qui caresse les feuilles, les couleurs du ciel, le froid de la mer, la peur de mourir… Les endroits communs qui nous manquent, l’histoire est à nous… l’histoire est à moi.
Je suis né en 1979, six ans après le coup d´état militaire au Chili. J’ai grandi sous la dictature, dans les bras de ma mère. Elle m’a raconté que, paradoxalement, c’était la période la plus heureuse pour elle. Elle a vécu la Dictature derrière un mur, protégée de tout. Dès que j’ai grandi, ma mère s’est rendu compte qu’il n’y a pas eu de période plus néfaste au Chili auparavant. Je suis un morceau de cette histoire, pleine de contradictions. Après le retour à la démocratie, durant le gouvernement du président Ricardo Lagos Escobar, le bâtiment du Palais Présidentiel a été repeint de sa couleur originelle, blanc cassé et le passage piétons a été réouvert lors du 30è anniversaire du coup d’état. Les gens ont parcouru ses intérieurs pour la première fois. Ce fut le premier symbole des changements. Désormais, après 10 ans de démocratie, les citadins peuvent seulement entrer dans la Maison du Gouvernement par un parcours orienté du nord au sud, c’est-à-dire de la Place de la Constitution vers la Place de la Citoyenneté.
Il est interdit de traverser dans le sens inverse.
C’est un signe que les portes du Palais Présidentiel ont été ouvertes, mais en même temps, c’est un symbole qui sous-entend qu’il ne faut pas reculer dans l’histoire mais seulement regarder vers l’avant. Dans ce sens, cette démocratie n’est pas telle qu’elle se donne, elle est simplement une "arrièreboutique" pleine d’images publicitaires.
Aujourd’hui, cette image qui parle de l´Histoire du Chili peut en même temps, nous conduire vers d’autres lieux dans le monde, aux « murs » que chaque pays charge dans son histoire….
L’homme souffrant, l’homme fatigué, l’homme libre qui marche par les grandes allées…
© Enrique Ramirez et Le Fresnoy – Studio national