• La dispersion du fils ©Jean Michel Bruyère / Lfks - AVIE

La dispersion du fils - Jean Michel Bruyère/Lfks - AVIE

France, 2009

La Dispersion du Fils exploite l’abondance des sources image et son de LFKs (plus de 500 films réalisés entre 1999 et 2007, par une équipe artistique homogène, sur des sujets et/ou des motifs connexes) et les assemble en un seul immense objet : un environnement vidéo panoramique 360 degrés, 3D, interactif, conçu dans le système AVIE (Advanced Visualisation and Interaction Environment) du iCinema UNSW (Sydney).

Dans le ventre héliaque de la Petite Chienne

Par erreur ayant mangé leur jeune maître qu’Artémis osée nue avait tourné en un cerf, les chiens d’Actéon dans la montagne une année entière restèrent à le chercher ; ils l’aimaient. Et si Actéon dans leurs ventres était encore pour un temps partout avec eux, ils ne le trouvaient bien sûr nulle part. Ce n’était pas qu’il ne fût plus là, c’était qu’il était plus que là : il était en eux, à les nourrir de ses propres morceaux. Il était ce que la fi bre de milles muscles lancés à sa recherche consommait en pure perte. Et ses chiens ne pouvaient cesser de l’espérer dans la forêt, d’autant qu’involontairement ils l’y répandaient peu à peu par leurs crottes dispersées, ils l’y jetaient contre les arbres à grands traits de pisse. Ainsi, partout où ils allaient pour le chercher, ils déposaient sans le savoir quelque chose de lui, en quoi s’affola toujours plus leur fureur à le trouver là. Après une année, la horde avait brûlé une telle masse de désir et d’effort que la montagne d’abord en fût échauffée et bientôt la Terre entière et si fortement même qu’elle parut prête à brûler sur elle, à se consumer comme le Soleil, dont elle semblait alors s’être tant rapprochée. Entre la planète et l’étoile, il n’était plus rien qu’un petit fossé dans lequel à l’aube du premier jour de la seconde année les chiens d’Actéon en vinrent à se jeter et mourir aussi fous qu’épuisés. Ainsi naquit la constellation du Chien, Sirius la torride, notre Canicule, dont le lever héliaque chaque 365,25 jours brûle les forêts, échauffe les esprits, répand les épidémies de suicide et de rage. Les visiteurs de la Dispersion du Fils font un voyage, un va et vient entre l’intestin et le ciel, entre les viscères et l’étoile, entre chien et chaud. Ils avancent, dans un corps animal, jusqu’au corps céleste. Tout autour d’eux vient, passe et revient un cahos d’images ; c’est la mémoire d’Actéon portée par les chiens qui le cherchent, c’est son impensable expérience. Elle revient, oui, elle insiste. Mais en morceaux et telle qu’elle fut dispersée : dans le sang et la hargne.

L’avancée technologique, la nouveauté, ici, nous renvoie où nous n’étions pas encore allés : à l’archaïsme du mythe de Diane et Actéon. Elle permet un retour vers les origines par un chemin jamais emprunté, elle ouvre une remontée par l’insu et vers un point d’origine jamais atteint : elle nous autorise enfi n une anabase. Si poteris. Si poteris, licet. Jean Michel Bruyère

La Dispersion du Fils : Jean Michel Bruyère avec Matthew McGinity, Delphine Varas et Thierry Arredondo. Conception, Tournage et Réalisation : Jean Michel Bruyère. Logiciel et Graphisme : Matthew McGinity. Montage et Post-production : Delphine Varas. Musique et Son : Thierry Arredondo. Développement. Logiciel iCinema : Xin Guan, Ardrian Hardjono, Jared Berghold, Alex Kupstov. Conception technique de l’installation : Damian Leonard, Robin Chow, Marc Chee, Densan Obst. Extraits de CaMg(CO3)2 filmés avec la PanoramaCamera du ZKM et assemblés par Bernd Lintermann. Développement de la PanoramaCamera du ZKM en collaboration avec Jeffrey Shaw. Coproduction LFKs, Marseille, Epidemic, Paris, Berlin, UNSW iCinema Centre, Sydney, Le Volcan Scène Nationale, Le Havre. Cette oeuvre a été inspirée de et créée pour l’environnement AVIE (Advanced Visualisation and Interaction Environment) développé au UNSW.